Print Friendly, PDF & Email

Désert des bardenas
en Espagne :
une plongée dans
les paysages du Far West

18/03/2022
Laurent Lefèvre

Situé au nord de l’Espagne entre Navarre et Aragon, le vaste désert des Bardenas Reales permet de tracer son chemin dans les badlands, entre points de vue dignes du land art et ambiances de western. Dépaysement assuré : ces panoramas de l’Ouest américain ne sont qu’à 70 km des Pyrénées.

Avec ses falaises impressionnantes, ses grandes plaines, ses ravins et ses canyons sculptés par les éléments dans le gypse et l’argile, le désert des Bardenas Reales fait figure d’ovni géologique qui se serait posé au pied des Pyrénées espagnoles. Classé réserve de la biosphère par l’Unesco en 2000, le parc naturel des Bardenas Reales* veille à préserver cet écosystème  singulier en Europe caractérisé par un climat semi-aride, selon la classification de Köppen (en anglais). El Plano au nord-ouest, vaste plateau consacré aux cultures, la Bardena Blanca au centre et la Negra au sud offrent un terrain de 42  500 hectares idéal pour randonner à pied, en VTT ou même à cheval.

Comme dans un atelier du land art

Zone la plus désertique du parc s’étendant sur près de 170 km2, la Bardena Blanca occupe sa partie centrale. Le silence qui y règne et vous enveloppe complètement n’est troublé que par le cri en trompette de grues cendrées qui migrent en automne du nord de l’Europe vers le sud de l’Espagne et le Maghreb.

Il faut se perdre dans les badlands seulement traversées par quelques moutons qui cherchent l’ombre – même en octobre, le soleil chauffe et la différence de température entre la fraîcheur du matin (5°) et la journée (25° ressentis) confirme que vous êtes bien dans une région semi-désertique. Tracer son chemin dans ces vastes terres argileuses découpées de multiples crevasses issues du ruissellement, c’est un peu se retrouver dans un immense terrain de jeu qu’auraient investi des artistes du land art.

À l’instar de Richard Long, qui dessine Dusty Boots Line en arpentant le Sahara, les millénaires et les pluies torrentielles qui se sont succédé ont modelé les formes et les couleurs si particulières de ce paysage, qui vous projette en plein western tourné à Monument Valley ou sur le plateau du Colorado.

Un terrain fertile pour l'imagination

Sur les pas des artistes Ugo Rondinone, Jennifer Bolande ou Doug Aitken, qui prennent pour motif les déserts de Californie et du Nevada, les randonneurs des Bardenas peuvent donner libre cours à leur imagination en marchant. À petite ou grande échelle, tout est propice à stimuler leurs pensées créatrices : une tache au sol, quelques pierres savamment disposées sur la terre craquelée, les strates horizontales aux multiples couleurs (blanc, gris, beige, jaune, ocre) des collines lacérées de lignes verticales creusées par l’eau, les reliefs ruiniformes, les monticules aux formes cérébelleuses qu’ils traversent.

Richard Long, qui travaille avec des pierres et de la boue, ne fait-il pas « de l’art uniquement en marchant ou en laissant des traces éphémères ici et là ». « C’est ma liberté », revendique-t-il.

Dans ces formes creusées et peintes à l’échelle du temps géologique, certains y verront des bouquets de choux-fleurs, une collection de bonsaïs, un sphinx, une sculpture de Modigliani : les badlands sont un terrain fertile pour l’imagination.

Les mystères de la Demoiselle coiffée

Symbole du parc, le Castildetierra (« le château de terre ») n’échappe pas à ce phénomène appelé paréidolie, qui consiste à associer un stimulus visuel informe (typiquement la configuration d’un nuage) à une entité identifiable, souvent humaine ou animale.

Façonnée par l’érosion des éléments – les averses parfois torrentielles, le cierzo, vent sec du nord-est –, cette sculpture naturelle, qui prend pour socle le parc, forme une impressionnante cheminée de fée. Iconique, la Demoiselle coiffée garde encore tous ses mystères et se transforme au fil des caprices du temps.

Une réserve de la biosphère

« La nature des paysages dans les Bardenas est vraiment spécifique avec ses canyons, ses roches sédimentaires », souligne Thierry Quintilla, guide-accompagnateur pour l’agence de trek Sur les hauteurs. « Cette zone semi-aride est une réserve de la biosphère, où l’homme a toujours sa place à travers l’agriculture. » Elle abrite notamment de nombreuses espèces d’oiseaux de proie (vautour fauve, percnoptère, aigle royal, buse pèlerin) et de prairie, dont l’outarde naine, le courlis cendré…

Nonobstant l’adage selon lequel « la Blanca n’est pas faite pour les hommes et ils ne sont pas faits pour la Blanca », l’homme, qui n’a pas Dépourvue d’habitat permanent dans les Bardenas,  cultive des fourragères et de la paille dans certaines parties. Autour, des légumes comme les tomates cultivées de façon intensive pour le ketchup et un peu plus loin, des vignes, des fruits à coque (amandes), des olives, du riz et pratique l’élevage ovin.

Une vue à 360

Des hautes falaises de la réserve Rincon de Bu, où nichent le vautour commun et le grand-duc, une vue plongeante permet d’admirer la diversité des paysages du parc. La sixième saison de Game of Throne a été en partie filmée dans cette zone accessible à l’automne quand les oiseaux sont en migration.

Refuge des bandoleros (bandits de grands chemins) abritant au XVe siècle Sanchicorrota, le Robin des Bois local, les Bardenas sont aujourd’hui un lieu de tournage : depuis 1983, ils ont servi de décors à une vingtaine de longs métrages et de séries. Comme quoi, n’en déplaise à Terry Gilliam, qui a dû après divers incidents** suspendre pendant près de vingt ans le tournage de son film L’Homme qui tua Don Quichotte, il est possible de tout faire dans les Bardenas, y compris du cinéma.

* De nombreuses randonnées à la journée sont réalisables à partir de ce site bien identifié : se renseigner sur la météo. Impraticable les jours de forte pluie, le parc est ouvert de 8 heures jusqu’à une heure avant le coucher du soleil. Pendant la nidification, certaines parties ne sont pas accessibles.

** Dont le survol, en plein tournage d’une scène en costume, des avions de la zone militaire interdite d’accès, « le polygone de tir », située au cœur de la Bardena Blanca. Interrompue en 2000, la réalisation du film a repris en juin 2017, avec de nouveaux acteurs. Le documentaire Lost in La Mancha raconte les déboires de cette production maudite finalement sortie en 2018.

Print Friendly, PDF & Email

How useful was this post?

Click on a star to rate it!

Average rating 5 / 5. Vote count: 15

No votes so far! Be the first to rate this post.

2 réponses

  1. Article qui fait voyager dans la magie et les mystères d’un lieu unique : LE DÉSERT DES BARDENAS EN ESPAGNE. Apprentissage et envie de partir assurées! Merci par ce bel article !

  2. Bonjour,
    C’est impressionnant ! Nous avons un désert en Europe ! Cela donne vraiment envie de prendre son billet d’avion, son sac à dos et de chausser ses chaussures de marche pour s’envelopper de calme dans le désert des Bardenas.
    BE

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Partager sur Facebook
Partager sur twitter
envoyer par mail
LinkedIn
Telegram
WhatsApp