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Arraial do Pavulagem de Belém :
une célébration de la vie sous la forme
d'un carnaval coloré

24/09/2022
Laurent Lefèvre

Danseurs, musiciens, titans sur échasses et effigies d’animaux fantastiques sont de retour dans les rues de Belém (capitale de l’État du Pará, nord du Brésil) pour célébrer au son du carimbó les traditions et les cultures du Pará et de l’Amazonie.

Des milliers de danseurs, musiciens et participants ont déambulé dimanche 3 juillet dans les rues de Belém (capitale de l’État du Pará, nord du Brésil) pour le quatrième et dernier Arrastão (défilé) de l’Arraial do Pavulagem, qui célèbre depuis trente-sept ans les cultures et les traditions du Pará et de l’Amazonie.

Une ville en fête

Massée sur les trottoirs de l’avenue du président Vargas ou sur les balcons qui donnent sur cette grande artère piétonnisée pour l’occasion, toute la ville semble s’être donné rendez-vous pour assister ou participer à cet ultime défilé, qui se déploie dans le cœur historique de Belém – 20 000 personnes, spectateurs compris, sont attendus ce dimanche.

Les festivaliers, qui se sont retrouvés dès 8 heures devant le théâtre de la Paix, s’élancent vers 10 h 45 de la Praça da República (place de la république) pour rejoindre la Praça dos Estivadores.
Bresil-Belem -Pará-Pavulagem-participantes
La joie et la fierté se lisent sur les visages des participants du quatrième et dernier Arrastão de l’Arraial do Pavulagem qui ont défilé dimanche 4 juillet dans les rues de Belém,
capitale de l'État du Pará (nord du Brésil).

Fierté retrouvée

Ce défilé coloré et festif reprend vie après deux ans d’interruption due à la pandémie. La joie et la fierté se lisent sur les visages des participants de tous âges et de toutes origines qui arborent le tee-shirt bleu flanqué du logo de l’Arrastão do Pavulagem.

Pour moi et ma famille, le Pavulagem représente l'unité, la camaraderie et les amitiés que nous avons créées ici et que nous emporterons avec nous pour la vie, explique Ligia, une participante enceinte. C’est quelque chose de tellement inexplicable : je remercie tous ceux qui l’ont créé et font vivre notre culture.

Sur échasse, en dansant, au sein de groupes de musiciens, travestis ou déguisés sous les traits d’un cheval ou d’un bœuf (personnage central du bumba-meu-boi : lire la deuxième partie du reportage), les festivaliers avancent au son du carimbó, musique et danse locales aux influences métissées (amazoniennes, africaines et européennes) rythmées par le tambour carimbó

Chapeau de paille sur la tête, ils exhibent crânement des rubans aux couleurs rouge, jaune et vert, des bannières et des drapeaux en l’honneur des saints de juin. « Le Pavulagem est une union, explique Aija, une musicienne. Il célèbre la vie et également la famille. »

Rassemblés sur les trottoirs derrière le cordão – corde à l’intérieur de laquelle chaque groupe de participants progresse –, les spectateurs venus pour la plupart en famille ou entre amis les encouragent, leur sourient et s’approchent au plus près pour immortaliser l’instant dans une communion des cœurs et des corps.

Y’a de la joie (quatrième et dernier Arrastão de l’Arraial do Pavulagem, Belém, capitale de l'État du Pará, Brésil).

« Célébrer la vie »

« Révélateur de nos similitudes, la fête est une nécessité typiquement humaine, qui se manifeste particulièrement dans le besoin de célébrer la vie », explique Edgar Chagas. Pour ce chercheur spécialiste de la culture du Pará :

La période de pandémie a permis de repenser les valeurs de la vie elle-même. D’une certaine manière, le Pavulagem favorise la poursuite de cette pertinence et de cette continuité de la vie : on fait la fête, on célèbre, on danse, on chante dans le centre historique de la ville.

Après un drame personnel, comme la perte d’un enfant, s’impliquer dans ces festivités peut servir d’exutoire salutaire. « Avec la musique, la danse, le Pavulagem aide à renaître : dans ma vie, c’est une thérapie de grande importance », témoigne Maria Olivera, joueuse de reco-reco, qui participe à un groupe de musiciens.

Au rythme du tambour carimbó, qui a donné son nom à la musique locale (o carimbó),
fournissant la bande-son du Pavulagem (quatrième Arrastão de l’Arraial do Pavulagem,
Belém, capitale de l'État du Pará, Brésil).

Emportés par la foule

Comme les précédents défilés qui se sont déroulés les trois premiers dimanches de juin, les musiciens donnent le tempo de la déambulation. Vers 11 h 15, la rue et les trottoirs de l’avenue du président Vargas sont pleins à craquer. À 11 h 24, la musique s’arrête puis les tambours reprennent et montent en intensité.

Entouré par le cordão, chaque groupe accélère le pas : danseurs, festivaliers – incluant dans cette vidéo, des personnes en fauteuil roulant qui participent au premier défilé du 12 juin –, titans sur échasse, musiciens suivent la cadence. 

Y compris certains spectateurs agglutinés sur les trottoirs qui se laissent aspirer, comme happés par une vague de joie géante qui vous emporterait et vous déposerait, délicatement, sur la plage, à quelques mètres de l’endroit où vous nagiez.

Ici, c’est la rencontre des âmes. On arrive à se retrouver, à s’entraider : on coopère sans même le savoir explique Uyara, qui, après avoir surmonté un deuil périnatal, vient de donner naissance à un fils.

Uyara se réjouit de participer au Pavulagem, symbole d’une nouvelle vie et de sa continuité. Son bébé qui n’a que quelques mois, confie-t-elle entre larmes et espérance, va être « um pavoleirozinho », un enfant du Pavulagem, un petit Pavulagem : la relève est assurée !

Merci à Sabrina Ellen Da Silva pour son aide pour la traduction et la retranscription des témoignages des participants au Pavulagem consultables sur globo.com.

+ de photos
Porfolio -> Pavulagem de Belém
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